Accueil Date de création : 12/08/07 Dernière mise à jour : 07/11/09 17:22 / 18 articles publiés

Sortie Freiburg samedi 18 octobre 2008  (Les rendez-vous de l'ADDES) posté le lundi 20 octobre 2008 09:23

addes, freiburg, yann arthus bertrand

Nous avons là réussi une très belle sortie, par une magnifique journée ensoleillée, et remarquablement organisée par Bertrand ZIRGEL qui a été un guide parfait.
La"cerise sur le gâteau" a été sans aucun doute la rencontre avec Yann Arthus Bertrand dans le quartier Vauban, et nousa vons pur apprécier toute l'humanité du personnage qui s'est prêté bien volontiers à la scéance de dédicaces pour notre groupe.
Un moment inoubliable dont vous pouvez voir les photos sur :

http://picasaweb.google.fr/ADDESUNDHOFFEN/SortieFribourg181008#

Le compte-rendu de notre visite écologique d'une ville en avance de vingt ans sur les nôtres est enfin disponible ci-dessous .Bravo à Bertrand ! Quel organisateur plein de surprises !!! Et merci à André CLAVERIE pour son magnifique et très détaillé compte-rendu.

VISITE de FRIBOURG du 18 octobre 2008

 

            Bertrand Zirgel nous a guidé vers des lieux insolites en retraçant la visite de Freiburg que Jean-Marie Pelt cite dans son livre récent : « C’est Vert et ça marche ». A mon tour, je vais essayer de restituer cette visite en reprenant les documents Internet de Bertrand et en regroupant les informations autour de 4 thèmes.

            Quatre thèmes principaux peuvent être retenus dans cette ville qui est devenue le fief des Verts allemands, Dieter Salomon - le nouveau maire écologiste - ayant obtenu presque 25% des voix en 2002.

1°/ Les énergies renouvelables.

2°/ Une politique cohérente des transports .

3°/ La ville de la «  petite reine » qui désignait la bicyclette ou plus trivialement le vélo !

4°/ L’originalité de l’éco-quartier Vauban.

 

1°/ LES ENERGIES RENOUVELABLES

  Au nord-est de Fribourg, cinq éoliennes d’une puissance totale de 12000 kw permettent de satisfaire les besoins de 5000 habitants. De la gare, on voit une tour de 60 m de haut couverte de panneaux photovoltaïques sur la moitié de la façade sud, le reste étant vitré. Grâce à des subventions, les panneaux solaires sont fréquents sur les toits des maisons, des écoles et des entreprises. Fribourg se place en tête de la « Ligue Solaire » en Allemagne mais il convient de relativiser le poids de ces énergies renouvelables. Actuellement, elles fournissent seulement un peu moins de 10% de l’électricité. La ville espère dépasser l’objectif de 10% d’approvisionnement en énergies renouvelables en 2010.

  Néanmoins, les effets sur l’emploi sur l’emploi sont fort intéressants. Fribourg groupe d’importants centres de recherche sur l’énergie solaire. La fabrication de panneaux photovoltaïques correspond à 1000 emplois.

  Le tri sélectif des déchets et leur recyclage ont un bilan fort positif du point de vue énergétique et du point de vue des emplois. A Fribourg, 10 petites unités d’incinération et de chauffage urbain utilisent des canalisations qui ont au maximum, un kilomètre de long, alors qu’à Colmar elles atteignent 6 km, ce qui correspond à un rendement moins bon.

 

2°/LES TRANSPORTS EN COMMUN SONT PRIVILEGIES.

  Depuis 1991, la Carte Régionale pour l’Environnement permet, grâce à un forfait, un accès illimité aux transports publics de la ville et de ses environs. Les tarifs incitent à laisser l’auto au garage. A la gare de Vieux-Brisach, nous avons pris plusieurs billets collectifs de 5 personnes. Pour 17 euros, le billet est valable pendant toute la journée et sur tous les transports de la region, c’est un pass. Il n’est plus nécessaire de le composter.

  A côté de la gare de Hugstetten, à 8 km de Fribourg, se trouvent d’immenses boîtes de nuit. Le transport ferroviaire et des équipes spécialisées permettent à des jeunes qui ont une démarche hésitante, un champ de vision rétréci et des réflexes approximatifs, de revenir sains et saufs jusque dans leurs pénates. Voilà une judicieuse solution pour freiner la surmortalité des jeunes sur la route.

  L’originalité de la gare de Fribourg, c’est qu’elle est traversée perpendiculairement par les voies du tramway, qui joue comme à saute mouton par dessus les voies ferrées. Ainsi, la distance à parcourir est réduite au strict minimum : il suffit de monter un escalier pour accéder au tramway, il n’est pas nécessaire de se soucier d’un billet. L’interconnexion train-tramway est la plus rationnelle. On peut mesurer tout le contraste quand on se promène à Paris, avec son labyrinthe fait d’interconnexions complexes de lignes de métro qui nous donnent l’occasion de longues et romantiques promenades dans d’interminables couloirs, en traînant bagages et marmaille, au milieu d’une foule dense !

  Dans l’avenir, ce maillage de transports en commun va s’étendre parce que 400 millions d’euros vont être investis dans un train à grande vitesse qui reliera Fribourg aux villes et villages des environs.

  Les transports urbains des passagers ont connu une croissance de 30% en 30 ans, mais la part de la voiture est passée de 75% à 40% car de multiples entraves découragent les automobilistes. La ville est partout en zone 30 km par heure.

Un pont qui franchit la voie ferrée, à droite du silo à vélos de la gare, a été réservé exclusivement au dieu vélo, ce qui oblige les autos à faire un long détour de 1,5 km pour franchir cette voie ferrée.

Les parkings voitures ont aussi des tarifs fort dissuasifs.

  Par contre, l’utilisation du vélo a été vivement encouragée mais il existe une limite et un inconvénient. Lorsqu’il pleut, les gens ne prennent pas leurs vélos et donc, ils s’entassent dans des trams bondés. Il se produit davantage d’accidents de piétons car ils n’entendent pas venir les cyclistes. Mais bon, c’est un moindre mal quand on considère les récents exemples d’accidents de la route dans nos villes françaises…

 

3°/UNE POLITIQUE QUI FAVORISE L’USAGE DU VELO.

  D’abord, il faut remarquer que la ville s’étend sur une plaine, ce qui caractérise aussi les Pays Bas, le Danemark. Bien sûr, l’atout du relief favorable est important car tout le monde n’a pas la forme, la force et le moral d’un coureur du Tour de France qui avale, avec une facilité déconcertante, les 19 lacets de la mythique montée vers Alpes d’Huez. Une histoire ancienne et donc, une avance certaine et durable, car les discussions sur l’usage des terrains en ville, sont particulièrement épineuses. C’est depuis 1970, que des pistes cyclables ont été créées. En 30 ans, le réseau de pistes cyclables de la ville est passé de 29 à plus de 500 km ! En même temps, (pour les jours de pluie, par exemple), le réseau du tramway a été amélioré. Tout le centre-ville a été transformé en zone piétonne.

  Le poids du nombre fait du cycliste, non pas une bête curieuse mais une importante clientèle qui mérite respect et attention. A Fribourg, on dénombre 3 vélos pour 2 habitants. Comme il y a 216 000habitants, cela fait un chiffre impressionnant ! C’est à Fribourg que les cyclistes trouvent un certain nombre de services adaptés à leurs besoins.

  D’un côté de la gare centrale, (côté ville), on peut garer 3000 vélos sans surveillance mais il y a un éclairage. Ces abris à vélos sont toujours plus proches des voies ferrées que les parkings pour voitures. Du côté sud de la gare centrale, notre visite de Fribourg a commencé par ce qui vaut le détour,  le silo à vélos d’allure futuriste.

  Sa forme ronde et ajourée, l’omniprésence du bois et son capteur solaire circulaire sur un toit végétalisé, donnent une allure particulière à ce bâtiment construit par la Ville, en 1999, pour une somme de 2 millions d’euros.

  Venant du tramway, à l’étage, nous trouvons des magasins de vente et de réparation de vélos, une agence de voyage pour deux roues, une agences de car-sharing (auto partagée).Ici, se regroupent les agences de voyages alternatives. C’est ici qu’on trouve une carte des pistes cyclables jusqu’à Florence, et les cartes des pistes cyclables alsaciennes introuvables en Alsace. Les magasins sont mieux achalandés en équipements spéciaux pour les vélos. Si je veux un panier métallique pour faire mes courses dans un libre-service qui se fixe sur mon guidon, c’est ici que je le trouve. Je peux louer un siège pour bébé, une remorque, un side-car (pour promener mamie). Si vous voulez des vélos spéciaux qui, par exemple, permettent de pédaler en étant allongé sur le dos ou bien un vélo à complément de traction électrique BIONX, vous les trouverez chez RADieschen, Der Fahrradladen im Vauban,1 Marie-Curie-Str, à Fribourg 79 100.

  Au rez-de-chaussée, 1000 emplacements de vélos sont numérotés et loués. Les vélos se répartissent sur 2 niveaux car un système de gouttière basculante permet de placer un 2° vélo au dessus du vélo habituel. Les abonnés peuvent laisser leurs vêtements de pluie, casques etc…dans des casiers fermant à clef. Ce parc est ouvert de 5 h à 1h 30, ce sont les mêmes horaires que ceux de la gare. Deux agents sont présents en permanence, l’un pour surveiller et entretenir le bâtiment et les installations, l’autre répare, règle et entretient les vélos pendant que leurs propriétaires sont au travail. Ces 2 agents se trouvent dans l’atelier en bois, à droite de la sortie du « silo ». On peut louer 120 vélos de toutes tailles et même des tandems, solution idéale et inhabituelle pour l’accompagnement d’aveugles.

  Pour franchir les escaliers, un rail, comme une gouttière, est bien pratique. Il suffisait d’y penser.

  Après cette grande leçon de pragmatisme et de citoyenneté environnementale, nous avons pris le tram jusqu’à la cité Vauban où nous découvrons sur des bâtiments vivement colorés, le slogan « Nous faisons le monde comme nous l’avons choisi ».

 

4°/ L’ECO-QUARTIER VAUBAN.

  En 1993, au sud de la ville, la municipalité de Fribourg a racheté les 38 hectares de ce terrain militaire occupé par des casernes. Après la chute du mur de Berlin en 1989, les troupes françaises d’occupation ou FFA, sont devenues vraiment inutiles. La ville a reconverti et aménagé ces espaces en concertation avec l’association de citoyens « Forum Vauban » pour aboutir à des solutions originales qui intéressent des touristes japonais mais aussi un public averti.

 Puis nous avons eu la chance de rencontrer Yann Arthus Bertrand ; avec une cordiale sympathie, il a accepté de se faire photographier avec notre groupe. Nous l’avons retrouvé au restaurant Sund où nous avons pu partager quelques instants avec ce grand personnage qui nous a éclairé sur l’état alarmant de notre planète. Merci à Yann de témoigner de cet état de fait, parce que de ce côté de la frontière, quand on essaie d’alerter nos concitoyens sur l’urgence à changer nos comportements, on se fait traiter de « Cassandres »... Mais bon, nous avons passé un bien agréable moment ; c’est dans les lieux où souffle l’esprit que se rencontrent les grands esprits !  C’est bien là, sans doute, l’attrait de ce lieu particulier !!

  C’est un ensemble de 6000 logements dont 4500 logements dans le Vieux Vauban correspondant aux casernes et 1500 logements supplémentaires selon le concept d’auto-construction dans le Nouveau Vauban. Ici, les élections donnent 80 à 90 % des voix aux Verts.

  Les casernes aux murs épais ont été isolées extérieurement. La 1° partie de ce Vieux Vauban groupe surtout des ménages qui ont 30 à 40 ans. Le Conseil de Quartier a privilégié la vie communautaire en créant des pièces de vie communautaire pour des réunions très variées ou « Stammtisch ». Les résidents mettent leurs canapés sur leur balcon, discutent volontiers entre voisins car un esprit militant prédomine ici. Le barbecue est partagé selon un planning fixé à l’avance. La femme qui balayait les feuilles mortes n’est pas une salariée mais une personne inscrite sur un tableau des corvées à faire, que gère de façon autonome le Conseil de Quartier. Un bateau en bois avec des agrès est à côté d’un jardin pour enfants qui ont même construit une cabane assez haut dans les arbres en pleine rue, comme nous aimions à le faire quand nous étions petits. C’est très étonnant d’ailleurs, car les habitants prennent leurs responsabilités aussi en ce qui concerne l’éducation ; il semble que cette forme de vie en société favorise la responsabilité civique et évite les procès à tout-va contre les élus ainsi que les conflits de voisinage.

  Les façades ne sont pas taguées mais décorées artistiquement en associant des couleurs. Les glycines, les vignes vierges, les plantes grimpantes sont abondantes. Les haies en charme n’ont pas les inconvénients des thuyas. Les vélos sont nombreux. Cette expérience écologique est la plus ancienne.

  La 2° partie groupe surtout des habitants plus jeunes, des étudiants. De jeunes Japonais viennent à l’université de Fribourg et résident dans ce quartier écologique, tandis que d’autres viennent en groupe visiter le quartier pour étudier la possibilité d’en appliquer la norme chez eux.

  La 3° partie est celle de squatters aux moyens financiers limités et qui vivent dans des caravanes d’occasion ou des habitations assez misérables, mais qui accueillent les visiteurs avec beaucoup de gentillesse et d’hospitalité.

  Il existe un espace pour une pépinière d’entreprises qui ne peuvent rester qu’un certain temps mais certaines s’incrustent en profitant plus longtemps des conditions favorables d’installation. On y trouve des médecines douces, des artistes, des cours de danse etc… qui correspondent à une orientation alternative.

 

  Dans le Nouveau Vauban, un urbanisme résolument écologique a été mis en œuvre selon le principe de l’auto-construction. La Ville a proposé des terrains à un prix préférentiel, 30 % moins cher qu’ailleurs, mais avec des contraintes sociétales de mixité sociale, des investissement dans les économies d’énergie et le quasi bannissement de la voiture. Les futurs propriétaires se regroupaient par affinité pour construire un petit immeuble d’environ 6, 8, 12 appartements, selon leurs goûts. Il y a donc une variété dans le décor plus que dans le style des immeubles.

  Les immeubles sont orientés dans le sens nord/sud. Ainsi, de larges baies vitrées piégent les calories même en hiver alors que les ouvertures sont très petites du côté nord. Les toitures débordent largement pour éviter la surchauffe en été. Les fenêtres ont de triples vitrages. L’accès aux appartements se fait par des escaliers extérieurs mais le bois, les glycines, la végétation sont associés aux poutres en fer galvanisé. Les eaux de pluies sont récupérées pour alimenter les WC et l’excédent ne va pas engorger une station d’épuration, par exemple lors d’un orage, mais s’écoule vers un canal qui se trouve au dessus de cailloux, qui permettent aux eaux pluviales d’atteindre directement la nappe phréatique. Ainsi, se réalise le cercle vertueux, gagnant-gagnant des économies d’énergies. Il suffit de 50 kwh par m² et par an alors qu’il en faut habituellement 130 à 140. Le Grenelle de l’environnement recommande d’ailleurs cette norme de 50 Kwh.

  L’axe de la Vauban Allee caractérise bien un état d’esprit nouveau. La voie pour les autos limitée à 30 km/h n’occupe environ que 1/5 de la largeur alors que l’espace pour les piétons, les vélos, le tramway, prédomine. Au centre, se trouve ce canal pour les eaux pluviales. C’est un espace vraiment verdoyant, très large qui n’a rien à voir avec une rue traditionnelle. Au lieu de subir la dictature du gazon anglais tondu très régulièrement, l’herbe reste assez haute. Dans le reste du quartier Nouveau Vauban, la circulation est limitée à 15 km/h et les enfants ont le droit de jouer dans la rue, faire du vélo, de la trottinette… Les autos, (une seule par appartement) doivent rester dans un garage situé à l’entrée de la rue. Les autos ne peuvent avancer dans la rue que pour charger ou décharger des marchandises.

  Le calme, la sécurité sont des atouts appréciés mais il y a aussi un style de vie différent. La biodiversité est la règle dans ces larges allées qui séparent les immeubles. Un maximum d’arbres d’espèces différentes a été conservé. Des cabanes dans les arbres, des parcours à la Tarzan, des bancs taillés dans des troncs d’arbres constituent un mobilier urbain différent, original. Un coffre contient des jeux d’échecs. Il suffit d’aller chercher la clef du cadenas pour jouer en plein air. Les jeux des enfants, les fours collectifs, le travail collectif d’entretien, les réunion du Conseil de Quartier dont les membres élus sont les habitants eux-mêmes permettent de retrouver une convivialité semblable à celle des anciens quartiers populaires ou des villages. Il manque sans doute le bistrot, mais celui-ci est remplacé par un bar-restaurant dont la décoration originale (à voir les planches à voile suspendues dans les toilettes !) laisse rêveur. Depuis sa conception et de façon durable, un urbanisme différent a été expérimenté afin d’avoir un modèle différent de l’anonymat des grandes métropoles. Ces conditions matérielles sont assurément favorables à la qualité du lien social qui est indispensable à l’épanouissement personnel. Un idéal, voire une idéologie écologique commune favorisent sûrement le débat dans cette micro démocratie.

  La question de la mixité sociale est délicate. Au départ, il était convenu que la moitié des familles soit modestes ou pauvres. En fait, le renchérissement de l’immobilier, les difficultés sociales font que ces appartements sont réservés à une certaine élite. En gros, il n’y a qu’une famille pauvre sur 10, l’argument de la mixité sociale est restée un vœu pieux. Quoi qu’il en soit, la perfection n’étant pas de ce monde, rien n’empêche que l’on y tende ! Et à nous d’en prendre de la graine car nous avons encore beaucoup de retard avant d’en arriver là où ces quelques rêveurs sont parvenus. Et alors ? Si au début du 19è siècle quelqu’un avait dit qu’on marcherait sur la lune cinquante ans plus tard, ne l’aurait-on pas pris pour un fou ? A nous de rêver, et pourquoi pas d’un monde meilleur ?

André CLAVERIE

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Tous les commentaires de l'article:
Sortie Freiburg samedi 18 octobre 2008

  • Claverie André mailto

    mer 22 oct 2008 11:32

    Effectivement, une rencontre marquante. Ce mercredi, j'envoie par la bonne vieille Poste 3 pages d'une biographie de ce photographe de la revue économique Challenges + un texte



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