Nous avons là réussi une très belle sortie, par une magnifique
journée ensoleillée, et remarquablement organisée par Bertrand
ZIRGEL qui a été un guide parfait.
La"cerise sur le gâteau" a été sans aucun doute la rencontre avec
Yann Arthus Bertrand dans le quartier Vauban, et nousa vons pur
apprécier toute l'humanité du personnage qui s'est prêté bien
volontiers à la scéance de dédicaces pour notre groupe.
Un moment inoubliable dont vous pouvez voir les photos sur :
http://picasaweb.google.fr/ADDESUNDHOFFEN/SortieFribourg181008#
Le compte-rendu de notre visite écologique d'une ville en avance
de vingt ans sur les nôtres est enfin disponible ci-dessous .Bravo
à Bertrand ! Quel organisateur plein de surprises !!! Et merci à
André CLAVERIE pour son magnifique et très détaillé
compte-rendu.
VISITE de
FRIBOURG du 18 octobre
2008
Bertrand Zirgel nous a guidé vers des lieux insolites en retraçant
la visite de Freiburg que Jean-Marie Pelt cite dans son livre
récent : « C’est Vert et ça marche ». A mon
tour, je vais essayer de restituer cette visite en reprenant les
documents Internet de Bertrand et en regroupant les informations
autour de 4 thèmes.
Quatre thèmes principaux peuvent être retenus dans cette ville qui
est devenue le fief des Verts allemands, Dieter Salomon - le
nouveau maire écologiste - ayant obtenu presque 25% des voix en
2002.
1°/ Les
énergies renouvelables.
2°/ Une
politique cohérente des transports .
3°/ La ville
de la « petite reine » qui désignait la bicyclette
ou plus trivialement le vélo !
4°/
L’originalité de l’éco-quartier
Vauban.
1°/ LES
ENERGIES
RENOUVELABLES
Au nord-est de Fribourg, cinq
éoliennes d’une puissance totale de 12000 kw permettent de
satisfaire les besoins de 5000 habitants. De la gare, on voit une
tour de 60 m de haut couverte de panneaux photovoltaïques sur la
moitié de la façade sud, le reste étant vitré. Grâce à des
subventions, les panneaux solaires sont fréquents sur les toits des
maisons, des écoles et des entreprises. Fribourg se place en tête
de la « Ligue Solaire » en Allemagne mais il convient de
relativiser le poids de ces énergies renouvelables. Actuellement,
elles fournissent seulement un peu moins de 10% de
l’électricité. La ville espère dépasser l’objectif de
10% d’approvisionnement en énergies renouvelables en
2010.
Néanmoins, les effets sur
l’emploi sur l’emploi sont fort intéressants. Fribourg
groupe d’importants centres de recherche sur l’énergie
solaire. La fabrication de panneaux photovoltaïques correspond à
1000 emplois.
Le tri sélectif des déchets et
leur recyclage ont un bilan fort positif du point de vue
énergétique et du point de vue des emplois. A Fribourg, 10 petites
unités d’incinération et de chauffage urbain utilisent des
canalisations qui ont au maximum, un kilomètre de long, alors
qu’à Colmar elles atteignent 6 km, ce qui correspond à un
rendement moins bon.
2°/LES
TRANSPORTS EN COMMUN SONT
PRIVILEGIES.
Depuis 1991, la Carte Régionale
pour l’Environnement permet, grâce à un forfait, un accès
illimité aux transports publics de la ville et de ses environs. Les
tarifs incitent à laisser l’auto au garage. A la gare de
Vieux-Brisach, nous avons pris plusieurs billets collectifs de 5
personnes. Pour 17 euros, le billet est valable pendant toute la
journée et sur tous les transports de la region, c’est un
pass. Il n’est plus nécessaire de le
composter.
A côté de la gare de Hugstetten,
à 8 km de Fribourg, se trouvent d’immenses boîtes de nuit. Le
transport ferroviaire et des équipes spécialisées permettent à des
jeunes qui ont une démarche hésitante, un champ de vision rétréci
et des réflexes approximatifs, de revenir sains et saufs jusque
dans leurs pénates. Voilà une judicieuse solution pour freiner la
surmortalité des jeunes sur la route.
L’originalité de la gare
de Fribourg, c’est qu’elle est traversée
perpendiculairement par les voies du tramway, qui joue comme à
saute mouton par dessus les voies ferrées. Ainsi, la distance à
parcourir est réduite au strict minimum : il suffit de monter
un escalier pour accéder au tramway, il n’est pas nécessaire
de se soucier d’un billet. L’interconnexion
train-tramway est la plus rationnelle. On peut mesurer tout le
contraste quand on se promène à Paris, avec son labyrinthe fait
d’interconnexions complexes de lignes de métro qui nous
donnent l’occasion de longues et romantiques promenades dans
d’interminables couloirs, en traînant bagages et marmaille,
au milieu d’une foule dense !
Dans l’avenir, ce maillage
de transports en commun va s’étendre parce que 400 millions
d’euros vont être investis dans un train à grande vitesse qui
reliera Fribourg aux villes et villages des
environs.
Les transports urbains des
passagers ont connu une croissance de 30% en 30 ans, mais la part
de la voiture est passée de 75% à 40% car de multiples entraves
découragent les automobilistes. La ville est partout en zone 30 km
par heure.
Un pont qui
franchit la voie ferrée, à droite du silo à vélos de la gare, a été
réservé exclusivement au dieu vélo, ce qui oblige les autos à faire
un long détour de 1,5 km pour franchir cette voie
ferrée.
Les parkings
voitures ont aussi des tarifs fort
dissuasifs.
Par contre, l’utilisation
du vélo a été vivement encouragée mais il existe une limite et un
inconvénient. Lorsqu’il pleut, les gens ne prennent pas leurs
vélos et donc, ils s’entassent dans des trams bondés. Il se
produit davantage d’accidents de piétons car ils
n’entendent pas venir les cyclistes. Mais bon, c’est un
moindre mal quand on considère les récents exemples
d’accidents de la route dans nos villes
françaises…
3°/UNE
POLITIQUE QUI FAVORISE L’USAGE DU
VELO.
D’abord, il faut remarquer
que la ville s’étend sur une plaine, ce qui caractérise aussi
les Pays Bas, le Danemark. Bien sûr, l’atout du relief
favorable est important car tout le monde n’a pas la forme,
la force et le moral d’un coureur du Tour de France qui
avale, avec une facilité déconcertante, les 19 lacets de la
mythique montée vers Alpes d’Huez. Une histoire ancienne et
donc, une avance certaine et durable, car les discussions sur
l’usage des terrains en ville, sont particulièrement
épineuses. C’est depuis 1970, que des pistes cyclables ont
été créées. En 30 ans, le réseau de pistes cyclables de la ville
est passé de 29 à plus de 500 km ! En même temps, (pour les
jours de pluie, par exemple), le réseau du tramway a été amélioré.
Tout le centre-ville a été transformé en zone
piétonne.
Le poids du nombre fait du
cycliste, non pas une bête curieuse mais une importante clientèle
qui mérite respect et attention. A Fribourg, on dénombre 3 vélos
pour 2 habitants. Comme il y a 216 000habitants, cela fait un
chiffre impressionnant ! C’est à Fribourg que les
cyclistes trouvent un certain nombre de services adaptés à leurs
besoins.
D’un côté de la gare
centrale, (côté ville), on peut garer 3000 vélos sans surveillance
mais il y a un éclairage. Ces abris à vélos sont toujours plus
proches des voies ferrées que les parkings pour voitures. Du côté
sud de la gare centrale, notre visite de Fribourg a commencé par ce
qui vaut le détour, le silo à vélos d’allure
futuriste.
Sa forme ronde et ajourée,
l’omniprésence du bois et son capteur solaire circulaire sur
un toit végétalisé, donnent une allure particulière à ce bâtiment
construit par la Ville, en 1999, pour une somme de 2 millions
d’euros.
Venant du tramway, à
l’étage, nous trouvons des magasins de vente et de réparation
de vélos, une agence de voyage pour deux roues, une agences de
car-sharing (auto partagée).Ici, se regroupent les agences de
voyages alternatives. C’est ici qu’on trouve une carte
des pistes cyclables jusqu’à Florence, et les cartes des
pistes cyclables alsaciennes introuvables en Alsace. Les magasins
sont mieux achalandés en équipements spéciaux pour les vélos. Si je
veux un panier métallique pour faire mes courses dans un
libre-service qui se fixe sur mon guidon, c’est ici que je le
trouve. Je peux louer un siège pour bébé, une remorque, un side-car
(pour promener mamie). Si vous voulez des vélos spéciaux qui, par
exemple, permettent de pédaler en étant allongé sur le dos ou bien
un vélo à complément de traction électrique BIONX, vous les
trouverez chez RADieschen, Der Fahrradladen im Vauban,1
Marie-Curie-Str, à Fribourg 79 100.
Au rez-de-chaussée, 1000
emplacements de vélos sont numérotés et loués. Les vélos se
répartissent sur 2 niveaux car un système de gouttière basculante
permet de placer un 2° vélo au dessus du vélo habituel. Les abonnés
peuvent laisser leurs vêtements de pluie, casques etc…dans
des casiers fermant à clef. Ce parc est ouvert de 5 h à 1h 30, ce
sont les mêmes horaires que ceux de la gare. Deux agents sont
présents en permanence, l’un pour surveiller et entretenir le
bâtiment et les installations, l’autre répare, règle et
entretient les vélos pendant que leurs propriétaires sont au
travail. Ces 2 agents se trouvent dans l’atelier en bois, à
droite de la sortie du « silo ». On peut louer 120 vélos
de toutes tailles et même des tandems, solution idéale et
inhabituelle pour l’accompagnement
d’aveugles.
Pour franchir les escaliers, un
rail, comme une gouttière, est bien pratique. Il suffisait
d’y penser.
Après cette grande leçon de
pragmatisme et de citoyenneté environnementale, nous avons pris le
tram jusqu’à la cité Vauban où nous découvrons sur des
bâtiments vivement colorés, le slogan « Nous faisons le monde
comme nous l’avons choisi ».
4°/
L’ECO-QUARTIER
VAUBAN.
En 1993, au sud de la ville, la
municipalité de Fribourg a racheté les 38 hectares de ce terrain
militaire occupé par des casernes. Après la chute du mur de Berlin
en 1989, les troupes françaises d’occupation ou FFA, sont
devenues vraiment inutiles. La ville a reconverti et aménagé ces
espaces en concertation avec l’association de
citoyens « Forum Vauban » pour aboutir à des
solutions originales qui intéressent des touristes japonais mais
aussi un public averti.
Puis nous avons eu la chance de
rencontrer Yann Arthus Bertrand ; avec une cordiale sympathie,
il a accepté de se faire photographier avec notre groupe. Nous
l’avons retrouvé au restaurant Sund où nous avons pu partager
quelques instants avec ce grand personnage qui nous a éclairé sur
l’état alarmant de notre planète. Merci à Yann de témoigner
de cet état de fait, parce que de ce côté de la frontière, quand on
essaie d’alerter nos concitoyens sur l’urgence à
changer nos comportements, on se fait traiter de
« Cassandres »... Mais bon, nous avons passé un bien
agréable moment ; c’est dans les lieux où souffle
l’esprit que se rencontrent les grands
esprits !
C’est bien là, sans doute, l’attrait de ce lieu
particulier !!
C’est un ensemble de 6000
logements dont 4500 logements dans le Vieux Vauban correspondant
aux casernes et 1500 logements supplémentaires selon le concept
d’auto-construction dans le Nouveau Vauban. Ici, les
élections donnent 80 à 90 % des voix aux
Verts.
Les casernes aux murs épais ont
été isolées extérieurement. La 1° partie de ce Vieux Vauban groupe
surtout des ménages qui ont 30 à 40 ans. Le Conseil de Quartier a
privilégié la vie communautaire en créant des pièces de vie
communautaire pour des réunions très variées ou
« Stammtisch ». Les résidents mettent leurs canapés sur
leur balcon, discutent volontiers entre voisins car un esprit
militant prédomine ici. Le barbecue est partagé selon un planning
fixé à l’avance. La femme qui balayait les feuilles mortes
n’est pas une salariée mais une personne inscrite sur un
tableau des corvées à faire, que gère de façon autonome le Conseil
de Quartier. Un bateau en bois avec des agrès est à côté d’un
jardin pour enfants qui ont même construit une cabane assez haut
dans les arbres en pleine rue, comme nous aimions à le faire quand
nous étions petits. C’est très étonnant d’ailleurs, car
les habitants prennent leurs responsabilités aussi en ce qui
concerne l’éducation ; il semble que cette forme de vie
en société favorise la responsabilité civique et évite les procès à
tout-va contre les élus ainsi que les conflits de
voisinage.
Les façades ne sont pas taguées
mais décorées artistiquement en associant des couleurs. Les
glycines, les vignes vierges, les plantes grimpantes sont
abondantes. Les haies en charme n’ont pas les inconvénients
des thuyas. Les vélos sont nombreux. Cette expérience écologique
est la plus ancienne.
La 2° partie groupe surtout des
habitants plus jeunes, des étudiants. De jeunes Japonais viennent à
l’université de Fribourg et résident dans ce quartier
écologique, tandis que d’autres viennent en groupe visiter le
quartier pour étudier la possibilité d’en appliquer la norme
chez eux.
La 3° partie est celle de
squatters aux moyens financiers limités et qui vivent dans des
caravanes d’occasion ou des habitations assez misérables,
mais qui accueillent les visiteurs avec beaucoup de gentillesse et
d’hospitalité.
Il existe un espace pour une
pépinière d’entreprises qui ne peuvent rester qu’un
certain temps mais certaines s’incrustent en profitant plus
longtemps des conditions favorables d’installation. On y
trouve des médecines douces, des artistes, des cours de danse
etc… qui correspondent à une orientation
alternative.
Dans le Nouveau Vauban, un
urbanisme résolument écologique a été mis en œuvre selon le
principe de l’auto-construction. La Ville a proposé des
terrains à un prix préférentiel, 30 % moins cher qu’ailleurs,
mais avec des contraintes sociétales de mixité sociale, des
investissement dans les économies d’énergie et le quasi
bannissement de la voiture. Les futurs propriétaires se
regroupaient par affinité pour construire un petit immeuble
d’environ 6, 8, 12 appartements, selon leurs goûts. Il y a
donc une variété dans le décor plus que dans le style des
immeubles.
Les immeubles sont orientés dans
le sens nord/sud. Ainsi, de larges baies vitrées piégent les
calories même en hiver alors que les ouvertures sont très petites
du côté nord. Les toitures débordent largement pour éviter la
surchauffe en été. Les fenêtres ont de triples vitrages.
L’accès aux appartements se fait par des escaliers extérieurs
mais le bois, les glycines, la végétation sont associés aux poutres
en fer galvanisé. Les eaux de pluies sont récupérées pour alimenter
les WC et l’excédent ne va pas engorger une station
d’épuration, par exemple lors d’un orage, mais
s’écoule vers un canal qui se trouve au dessus de cailloux,
qui permettent aux eaux pluviales d’atteindre directement la
nappe phréatique. Ainsi, se réalise le cercle vertueux,
gagnant-gagnant des économies d’énergies. Il suffit de 50 kwh
par m² et par an alors qu’il en faut habituellement 130 à
140. Le Grenelle de l’environnement recommande
d’ailleurs cette norme de 50 Kwh.
L’axe de la Vauban Allee
caractérise bien un état d’esprit nouveau. La voie pour les
autos limitée à 30 km/h n’occupe environ que 1/5 de la
largeur alors que l’espace pour les piétons, les vélos, le
tramway, prédomine. Au centre, se trouve ce canal pour les eaux
pluviales. C’est un espace vraiment verdoyant, très large qui
n’a rien à voir avec une rue traditionnelle. Au lieu de subir
la dictature du gazon anglais tondu très régulièrement,
l’herbe reste assez haute. Dans le reste du quartier Nouveau
Vauban, la circulation est limitée à 15 km/h et les enfants ont le
droit de jouer dans la rue, faire du vélo, de la
trottinette… Les autos, (une seule par appartement) doivent
rester dans un garage situé à l’entrée de la rue. Les autos
ne peuvent avancer dans la rue que pour charger ou décharger des
marchandises.
Le calme, la sécurité sont des
atouts appréciés mais il y a aussi un style de vie différent. La
biodiversité est la règle dans ces larges allées qui séparent les
immeubles. Un maximum d’arbres d’espèces différentes a
été conservé. Des cabanes dans les arbres, des parcours à la
Tarzan, des bancs taillés dans des troncs d’arbres
constituent un mobilier urbain différent, original. Un coffre
contient des jeux d’échecs. Il suffit d’aller chercher
la clef du cadenas pour jouer en plein air. Les jeux des enfants,
les fours collectifs, le travail collectif d’entretien, les
réunion du Conseil de Quartier dont les membres élus sont les
habitants eux-mêmes permettent de retrouver une convivialité
semblable à celle des anciens quartiers populaires ou des villages.
Il manque sans doute le bistrot, mais celui-ci est remplacé par un
bar-restaurant dont la décoration originale (à voir les planches à
voile suspendues dans les toilettes !) laisse rêveur. Depuis
sa conception et de façon durable, un urbanisme différent a été
expérimenté afin d’avoir un modèle différent de
l’anonymat des grandes métropoles. Ces conditions matérielles
sont assurément favorables à la qualité du lien social qui est
indispensable à l’épanouissement personnel. Un idéal, voire
une idéologie écologique commune favorisent sûrement le débat dans
cette micro démocratie.
La question de la mixité sociale
est délicate. Au départ, il était convenu que la moitié des
familles soit modestes ou pauvres. En fait, le renchérissement de
l’immobilier, les difficultés sociales font que ces
appartements sont réservés à une certaine élite. En gros, il
n’y a qu’une famille pauvre sur 10, l’argument de
la mixité sociale est restée un vœu pieux. Quoi qu’il
en soit, la perfection n’étant pas de ce monde, rien
n’empêche que l’on y tende ! Et à nous d’en
prendre de la graine car nous avons encore beaucoup de retard avant
d’en arriver là où ces quelques rêveurs sont parvenus. Et
alors ? Si au début du 19è siècle quelqu’un avait dit
qu’on marcherait sur la lune cinquante ans plus tard, ne
l’aurait-on pas pris pour un fou ? A nous de rêver, et
pourquoi pas d’un monde
meilleur ?
André
CLAVERIE
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